Contexte

Haïti et sa voisine, la République Dominicaine

Haïti et sa voisine, la République Dominicaine

Haïti

La République d’Haïti occupe le tiers occidental de l’île de Saint-Domingue, la plus grande des Antilles, après Cuba, dont elle est séparée par la Passe du Vent; elle partage l’île avec la République Dominicaine, de langue espagnole, indépendante depuis 1844.

A regarder la deuxième île de la Caraïbe l’on peut être surpris par l’accaparement fait par le tiers occidental des montagnes de cette île. Christophe Colomb face à la Reine d’Espagne utilisa un papier froissé pour présenter cette terre nouvelle qu’il venait de découvrir. Cette image reste la plus éloquente pour indiquer que la République d’Haïti est montagneuse à 80%. Sa ligne côtière est longue de 1771 km pour une superficie de 27750 km2. Cela en fait un pays géographiquement très insulaire.

Montagneux, insulaire, composé d’une masse de calcaire et de roches volcaniques où les plaines se faufilent cherchant un coin à vivre, tel est l’Haïti physique au caractère rebelle comme ses habitants, comme son histoire. Cela donne un relief changeant, des couleurs différentes sur un espace somme toute très petit.

Les écosystèmes côtiers d’Haïti sont variables et composés de mangroves de prairies (comme c’est le cas pour le site appelé Petit Paradis à Anse Rouge, hébergeant un mangrove avec une faune endémique), d’algues marines, de fonds coralliens ou de fonds vaseux. On compte près d’une vingtaine de formations coralliennes sur le seul pourtour de la presqu’île du sud. Les deux seuls étangs de Miragoane qui ne représentent que 15% des 163km2 des 75 lacs et étangs naturels du pays ont une flore d’au moins 25 espèces de plantes aquatiques.

 

 

Haïti, aujourd’hui

Jadis premier producteur au monde de sucre et de café, Haïti est obligée aujourd’hui d’en importer. Il ne s’exporte plus guère que quelques plantes aromatiques (surtout le vétiver et la citronnelle), un peu de sisal, un peu de cacao. Le tourisme et les ateliers d’assemblage qui avaient connu un modeste développement ont périclité à la chute de Jean-Claude Duvalier.

Les ressources énergétiques et minières ont toujours été négligeables ; la densité de la population dans les régions cultivables a atteint des proportions catastrophiques (on l’estime à 530 personnes au Km2) ; le morcellement et l’épuisement des terres, ainsi que l’incurie des gouvernements successifs ont mené, par le déboisement et l’érosion, à une situation écologique désastreuse, que la plupart des experts jugent irréversible.

Haïti est l’un des dix pays les plus pauvres de la planète et occupe le dernier rang des républiques d’Amérique latine en ce qui concerne le revenu annuel par habitant, l’espérance de vie à la naissance, l’alphabétisme et plusieurs autres critères d’évaluation de développement.

Faute de recensements fiables, on estime la population d’Haïti à six à sept millions d’habitants, auxquels s’ajoutent plus d’un million d’haïtiens établis, souvent en situation d’illégalité, à l’étranger : (New York est désormais la deuxième ville haïtienne du point de vue de la population), Québec (surtout dans l’agglomération montréalaise), la République Dominicaine, Bahamas, Antilles-Guyane, France métropolitaine, etc.

Les Haïtiens de l’étranger, qui envoient mandats ou argent comptant à leur famille restée au pays, constituent probablement la source légitime de devises la plus importante ; il faut ajouter la contrebande et le trafic international des narcotiques, auquel Haïti sert de plaque tournante.

Au cours des deux dernières décennies, Haïti a connu des chocs économiques et financiers qui ont eu pour effet de freiner sa croissance économique, ce qui a eu pour incidence de mettre au rouge ses indicateurs sociaux ; l’économie haïtienne a enregistré des taux de croissance très faibles. A l’orée des années 80, du fait de la stagnation du secteur agricole et de l’extrême fragilité des branches industrielles, la crise de l’économie haïtienne s’approfondit, résultant en des revenus bas, un niveau élevé de chômage et de sous-emploi. L’état de délabrement du pays s’est sévèrement aggravé, dans les années 90, du fait du coup d’état de septembre 91 et de l’embargo international qui s’ensuivit.

La reprise s’était effectuée à partir d’un taux de croissance de 4,5 % du PIB en 1994-1995 ; l’embellie a été de courte durée.

La monnaie nationale, la gourde, a fluctué considérablement. En dépit des efforts consentis pour maintenir le taux de change on note une dépression continue depuis la fin de l’année 95 accentuée par le relâchement de la politique monétaire amenant celui-ci à 27,00 gourdes pour 1 dollar à la fin de l’année 2001.

La balance commerciale a connu un déficit chronique durant les 30 dernières années et sa détérioration continuelle est le reflet d’une diminution constante des exportations.

La dégradation de l’environnement a dépassé le seuil critique. Les systèmes d’exploitation agricole inappropriés, anti-écologiques furent mis en œuvre par des petits exploitants pauvres, manquant de connaissances et de savoir-faire sur des terres de montagne trop pentues, provoquant ainsi l’érosion de ces terres.

Légende : les fréquentes inondations

Les fréquentes inondations

En ce qui a trait à la flore, la couverture forestière est à moins de 3% aujourd’hui ; des 30 grands bassins versants, cinq seulement possèdent une couverture végétale suffisante et 12 sont complètement dénudés.

En ce qui a trait à la faune, un grand nombre d’espèces natives tant terrestres que maritimes ont déjà disparu.

En ce qui concerne à l’eau, beaucoup de sources et de cours d’eau sont asséchés et ceux qui sont restés actifs ont vu leur débit diminue de jour en jour.

Port-au-Prince produit dans les 500 tonnes d’ordures ménagères par jour et moins de 50% seraient ramassées. L’état malsain de l’air est généralement la cause prioritaire de beaucoup de maladies.

La santé

La situation sanitaire d’Haïti est très précaire et les indicateurs de santé illustrent bien le manque d’encadrement médical de la population. Le taux brut de mortalité est d’environ 12 pour mille. L’espérance de vie à la naissance est de 57 ans. Le taux de mortalité infantile et juvénile de 74 et 61 pour 1000 respectivement et le taux de mortalité naturelle de 4,6 pour 1000.

Les centres de santé avec lits et les hôpitaux représentent environ 20 % des institutions de santé et totalisent, pour l’ensemble du pays, un lit pour approximativement 1.144 habitants. En ne considérant que le secteur public, les taux de couverture sont les suivants : un médecin pour 8.248 habitants, une infirmière licenciée pour 8.299 habitants et une infirmière auxiliaire pour 3.533 habitants.

L’éducation

Plus de 96 % du budget de l’éducation est absorbé par les traitements et salaires. La population scolarisable est d’environ 3 millions, alors que la capacité d’accueil, même avec des classes surpeuplées, est d’environ 800.000.

La déperdition scolaire est alarmante : sur 100 enfants qui entrent en primaire (traditionnel), seulement 67 terminent leur cours moyen II ; de ceux-là, 42 abandonnent définitivement l’école et donc 25 accéderont à l’enseignement secondaire ; trois (3) élèves seulement parviennent en seconde et à peine 1 élève obtiendra son Baccalauréat d’un niveau extrêmement faible.

Sur 2.747 enseignants du secondaire, 366 seulement ont un diplôme de l’École Normale Supérieure ; 500 ont un diplôme universitaire ; 1.315 ne possèdent que le baccalauréat.

Le déficit en matériel didactique, quantité et qualité comprises, n’est pas chiffré. Le problème reste préoccupant. Le système classique dispose de 6.746 écoles dont 6.111 au Primaire et le reste au secondaire.

En marge du système d’éducation officiel, des initiatives individuelles soutenues par l’UNICEF et des ONG, tentent de mettre en place un système d’éducation non formel destiné à tous les exclus du système officiel, soit la grande majorité des enfants d’Haïti.

Les enfants des rues…

En Haïti, comme dans bon nombre de pays en développement, les enfants livrés à eux-mêmes dans les rues sont légion. Pour la plupart sans parent apte à s’occuper d’eux, ils vivent de la débrouille, logent dans les ravines, travaillent dans les tap-tap (ces camionnettes bariolées qui font la renommée d’Haïti), sur les marchés, mendient, …

enfants des rues

Suite aux problèmes politiques et socio-économiques que connaît la République d’Haïti particulièrement ces dix dernières années, les populations rurales, en Haïti comme ailleurs, sont en quête d’un nouvel Eldorado : une ville providence censée fournir emploi, écoles pour les enfants, services de santé mais aussi la sécurité, tant l’isolement en campagne se révèle périlleux face à la recrudescence de pillards et de bandes armées.

Le phénomène s’est particulièrement accru en Haïti à la suite de l’embargo qui avait paralysé les circuits de distribution et les transports.

La Banque Mondiale estime que « le futur à long terme d’Haïti sera urbain, que cette migration de la campagne vers la ville soutiendra le développement d’ateliers de montage, d’ateliers artisanaux et autres activités citadines exigeant beaucoup de main-d’œuvre, compatibles avec une croissance fondée sur l’exportation ».

Cette logique commandée par Washington est suicidaire. Dans la majorité des cas, les migrants venus de la campagne s’agglutinent dans les nombreux bidonvilles de Port-au-Prince et de sa banlieue et ne survivent que de l’économie informelle. Rien n’est fait pour assurer une insertion professionnelle active à ces migrants, estimés à 6 millions rien que pour Port-au-Prince.

Les enfants de ces zones extrêmement pauvres subissent de plein fouet les conséquences économiques directement liées à ce flux migratoire.

Trois hypothèses peuvent se présenter pour eux.

Dans la première hypothèse ils ont la « chance » de vivre avec des parents (plus souvent seulement l’un d’entre-eux) mais sont obligés de travailler dans les rues (vente à la sauvette, mendicité, travail dans les tap-tap), leurs parents comptant sur les revenus issus du travail de tous les membres de la famille étendue.

Par ailleurs, l’école en Haïti étant très chère (frais d’inscription, d’uniforme, de fournitures scolaire), les parents n’imaginent même pas la possibilité de scolariser leurs enfants.

Dans la deuxième hypothèse, les enfants sont ce qu’on appelle en Haïti des « restavek », des enfants « placés » (reste avec!) dans d’autres familles et qui, en échange de travaux domestiques devraient recevoir la possibilité d’être scolarisés. En réalité, cette pratique issue du droit coutumier s’est transformée en un esclavage moderne, les enfants étant corvéables à merci sans recevoir la contrepartie espérée par les parents naturels qui se séparent de leurs enfants avec l’espoir de leur offrir des jours meilleurs et d’être soulagés des dépenses occasionnées par leur maintien à charge.

Dans la troisième hypothèse, les enfants n’ont plus de toit. Soit ils ont été abandonnés dans la ville dès leur plus jeune âge, soit ils ont fui la  » famille d’accueil  » dans laquelle ils avaient été placés. Le monde de la rue est donc leur seule et unique référence.

Exclus de facto du circuit scolaire traditionnel (payant et cher), ils ne peuvent espérer sortir de la misère sans un « coup de pouce », une « chance » à laquelle ils ont droit, comme tout enfant.

Enfants de la Timkatec 1
Enfants de la Timkatec 1

C’est dans ce contexte qu’est née la TIMKATEC, abréviation de la phrase créole: « Timoun kap teke chans » ou « Chaque enfant a droit à sa chance ».

Son fondateur, le père Salésien haïtien Joseph SIMON, mis à la retraite par son ordre trop tôt à son goût, décida de se consacrer à ces enfants pour tenter de les sortir de la rue, des bas-fonds, de la prostitution, du petit banditisme.

D’octobre 1992 à octobre 1993, il recevait chaque samedi plus d’une centaine d’enfants sur la cour de récréation de l’école secondaire des Pères Salésien de Pétionville.

Les enfants racontaient leurs problèmes, leur histoire et recevaient un peu d’aide en nourriture, en habits, en souliers, en soins médicaux.

Petit à petit, la confiance s’étant établie entre le Père Simon et ses protégés, il a pu se rendre là où ils dormaient, dans des « kay leta », des maisons de taules abandonnées, dans des ravines.

En octobre 1994, grâce à quelques donateurs haïtiens et à l’aide de l’ ONG canadienne « Aide à l’Enfance Canada », le Père Simon acheta une première maison à Pétionville.

Timkatec était né.

Le 4 avril 1995, Timkatec est reconnue officiellement en tant qu’Organisation Non Gouvernementale haïtienne.

La Timkatec 1 accueille aujourd’hui 120 enfants des rues dont une quarantaine d’internes.

« Timkatec 1 » leur offre le gîte et le couvert, mais surtout un enseignement de qualité, adapté à leur mode de vie et soucieux de leur offrir une formation pratique qui pourra leur assurer un avenir au sein de la société haïtienne. Le travail de sociabilisation des enfants basé sur un encadrement psycho-affectif est un axe de travail tout aussi important pour réussir à sortir définitivement les enfants de la rue et leur donner confiance en eux. La recherche des liens familiaux et leur renforcement est un soucis constant pour les responsables du projet.

Les ateliers professionnels de la Timkatec 2
Les ateliers professionnels de la Timkatec 2

Les enfants grandissant, leur formation professionnelle s’est organisée. Ils se rendaient chez des « boss », dans des ateliers professionnels, pour y apprendre la mécanique, la plomberie, la couture, l’ébénisterie… Ce système de formation a rapidement démontré ses limites. La qualité des formations données par les boss était très variable, le salaire demandé par les boss était souvent exorbitant, les outils tout neufs « disparaissaient » très régulièrement…

Il est apparu comme une évidence que le centre devait se doter de sa propre école de formation professionnelle. Certains pourraient penser: « pourquoi ne pas les avoir inscrits dans des écoles existantes? ». Pour la simple et bonne raison que non seulement ces écoles sont chères mais aussi et surtout, elles n’acceptent pas les élèves sortis d’un enseignement informel. Les élèves sur-âgés sont nombreux et tous ne sont pas aptes à passer le Certificat d’Enseignement Primaire (CEP) qui délivre un diplôme reconnu par l’Etat. Ce sont ces jeunes là, capables d’apprendre un métier mais dont le cursus scolaire a commencé trop tard pour pouvoir se conformer à l’enseignement officiel, qui bénéficient prioritairement du projet.

Soutenu par la DGCD, le projet a permis l’achat d’un terrain et d’une maison. Les Japonais ont pris en charge l’aménagement des ateliers de formation professionnelle.

Depuis 2004, la « Timkatec 2 » a ouvert ses portes. 300 jeunes peuvent y apprendre un métier (maçonnerie, électricité-plomberie, coupe-couture ou la cordonnerie).

En 2009, le centre de formation devrait permettre d’assurer des rentrées financières au projet quand les gens des alentours pourront faire appel aux services des aînés, correctement formés.

Le projet soutenu par Geomoun et financé par la DGCD permet en outre l’ouverture de Timkatec 3, un centre d’accueil et de formation pour 60 petites filles.

En plus des activités scolaires et de formation, « Timkatec » permet aux enfants de jouer comme de véritables enfants et de découvrir leur pays grâce à des excursions d’un jour, de quelques jours, d’une semaine, voire même d’un mois entier durant les congés scolaires.

En bus, loué pour l’occasion, ils parcourent alors Haïti pour rejoindre des endroits encore préservés, en pleine nature, loin de la ville qu’ils ne connaissent que trop bien.